LE BOEUF DE MEZE (une des légendes)
Moins connu que la fameuse Tarasque, le Boeuf de Mèze est aussi ancien qu’elle puisque son histoire remonte en l’an 59 de notre ère.
A cette époque, nous sommes dans la région de Néron ; une pauvre famille, venue des environs de Béziers, vint s’établir sur les bords de l’Etang de Thau et se mit à défricher la plaine à l’endroit appelé « Los Mourgos ». Elle y vécut de produit de son travail et de la pêche très abondante à cette époque. Une solide paire de boeuf l’aida bientôt dans sa tâche. Avec le labeur acharné vint l’aisance, puis la richesse.
Une agglomération naquit parmi les épis jaunissants. Ce fut le berceau de Mèze.
Le premier boeuf mourut puis le second. On conserva la peau de ce dernier, le plus beau, l’ami de la famille, le plus aimé et on conserva sa dépouille comme une relique étalée sur un mannequin de bois. On le promena chaque année pour les grandes occasions. Il semblait revivre…
Plus tard quand cette peau fut usée, on construisit un boeuf, plus grand que nature, recouvert d’une toile brune, dans laquelle huit hommes pouvaient se loger pour le mouvoir. L’un d’eux était chargé d’actionner la tête et les mâchoires au moyen d’un gaule, un autre tenant entre ses mains un baril recouvert d’une peau d’âne tendue traversée au milieu par une corde goudronnée, imite en faisant glisser cette corde entre l’index et le pouce, un mugissement analogue à celui du boeuf. A l’extérieur, un conducteur ou cornac, armé d’un long aiguillon, commande les évolutions à exécuter : à un moment donné, sur un signal du conducteur, le boeuf se met à courir et gare à celui qui se met sur son passage !
Il est impitoyablement terrassé à la grande satisfaction des badauds accourus pour voir le boeuf.
Un boeuf identique est encore en service ; il est de toute les fêtes publiques comme il était autrefois de toutes les fêtes religieuses.
Le Révérant Père Ange Marie Hiral, originaire de Mèze (une place honore sa mémoire) – il n’était pas encore vicaire apostolique de Suez – a donné sur le boeuf de Mèze ses détails que nous reproduisons :
« Tous les ans, à la fête de la ville qui tombe le 19 du mois d’août, le boeuf fait son apparition.
Pourrait –il y avoir une fête sans lui ? Autant de respect et de foi, la première visite était pour le Bon Dieu et c’était justice. Le grand portail s’ouvrait et sans entrer dans le Saint lieu, de la place, l’animal rendait ses hommages au Dieu du tabernacle qui, là- bas, tout au fond, semblait auréolé par le rayonnement des vitraux.
Monsieur le curé recevait sa visite même avant le Maire car on concevait alors que le Spirituel passe avant le temporel. Après ses gambades devant le prêtre, il allait rendre ses civilités au premier magistrat de la cité, puis
commençait la longue série de ses allées et venues qui devaient se continuer durant les trois jours de fête. »
Au cours des âges, le boeuf a été de toutes les manifestations locales et régionales ; on l’a vu en 1229 à la suite de l’évêque d’Agde, Thédise (qui venait de recevoir en don la seigneurie de Mèze, du fils de Montfort, Amaury) dans la procession de la fête Dieu. Le boeuf à la tête des Consuls de la ville vint faire acte de soumission au nouveau baron.
En 1562, il était du cortège du Prince de Condé passant à Mèze. En 1581, dans celui que l’on organisa en l’honneur des seigneurs de Montpellier, Agde et Mèze lors de l’écroulement de la Chapelle des Pénitents. En 1701, il présida aux fêtes du passage des Princes de Bourgogne et de Berry et des rois et reines qui traversaient la ville.
Une de ses dernières sorties disons « officielle » a été probablement celle de 1921 pour les fêtes de l’université de Montpellier. Il y eut un défilé. Or, à cette occasion, par une circonstance sans doute fortuite, le Président de la République Monsieur Millerand dut quitter l’estrade des « officiels » quand le boeuf fantastique vint à passer. Un murmure parcouru l’immense foule : « Il a peur du boeuf de Mèze. Il a peur du boeuf ! ». Pour sauver la situation, Monsieur de Magallon, député de l’Hérault, se détacha du groupe, se dressa face au montre et le salua chapeau bas. Un tonnerre d’applaudissements lui répondit. Il venait de consacrer et d’affermir le vieille coutume locale.
Au cours de toutes ses pérégrinations, le boeuf a dansé le ça- ira, la reine Hortense, le roi vaillant, la Marseillaise, aussi tout le monde aime et chérit à Mèze un boeuf si accommodant.
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